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Mercredi 4 novembre 2009
En septembre, j'ai traversé les Alpes autrichiennes le nez dans le bouquin. Et beaucoup aussi le nez en l'air, dans les montagnes, j'avoue. Je n'ai pas vu le film éponyme d' Akira Kurosawa (1975), qui avait exhumé ce livre de l'oubli dans lequel il avait sombré. Sans doute j'essaierai de me le procurer, par curiosité. Il y a  matière, dans cette histoire, à un beau - et long (presque 2h30) - film lent et contemplatif, hymne à l'harmonie homme/nature, très loin des films pétaradants qui trônent désormais en tête des box-offices. En attendant, j'ai eu l'heureuse idée de lire le livre publié à Vladivostok en 1921 par Vladimir Arseniev.

En soi, l'histoire n'a rien d'extraordinaire. Mais elle est puissante, attachante. C'est l'histoire d'une rencontre. Largement autobiographique. En 1902, Vladimir Arseniev, jeune officier russe de 30 ans formé à la géographie et à la topographie, explore avec un petit détachement de soldats les confins de la Sibérie et de la Chine. Au cours de leur avancée dans la taïga, ils rencontrent en chemin un chasseur, Dersou Ouzala, appartenant au peuple gold * (ancien nom des Nanais). Dersou les accompagne tout au long de cette expédition. Cinq ans plus tard, leurs routes se croisent à nouveau, et l'amitié qui s'est tissée entre Arseniev et Dersou amène ce dernier à rester auprès des russes dans la taïga. Lorsque d'inquiétants problèmes de vue l'empêchent de continuer à vivre de son fusil, Dersou consent à s'installer à Khabarovsk, chez les Arseniev. Mais il ne supporte pas les contraintes de la vie en ville, retourne dans la taïga au grand regret d'Arseniev, et est retrouvé mort, tué par des bandits, quelques mois plus tard.

Arseniev est un géographe, et, une fois de plus, une moisson de noms me murmure à l'oreille : vallée de l'Oussouri, région du Primorié, Khabarovsk et Vladivostok, monts Da-Dian Shan, monts Sikhote-Aline... Ces noms posés sur la carte du monde dessinent de vastes régions sauvages, royaume de la taïga. Au fil des chapitres, une multitude de noms plus modestes, peu connus, dessinent des paysages à taille plus humaine : la rivière Foudzine, le lac Hanka, Chkotovo, la baie de Plastoun... Parcourir le glossaire relève de la pure gourmandise...

Au cours de ses expéditions, Arseniev et ses compagnons rencontrent différentes peuplades, notamment les Golds, mais aussi les Oudéhés par exemple. Il porte sur tous ces groupes un regard bienveillant, et déplore, à mots couverts ou plus franchement, les injustices dont ils sont victimes. Et puis, comme dans les livres de Nicolas Baïkov ou de Ferdynand Ossendowski, on croise également un mélange de Russes et de Chinois, paysans, trappeurs, chasseurs, chercheurs de ginseng... Une certaine image de la cohabitation sino-russe, à une époque lointaine (le début du siècle dernier).

Et puis, ce livre, c'est un voyage dans la nature
sauvage (la taïga, les montagnes), sa végétation, ses aléas météos subits et redoutables (orages, incendies, inondations, tempêtes de neige...), ses plantes bien connues du chasseur gold, ses animaux, et notamment le tigre, seigneur de la taïga, respectueusement appelé "Amba" par les locaux. Le tigre qui se retrouve par deux fois face à Dersou et Arseniev...
Plus qu'une immersion dans la nature, c'est aussi un hommage aux liens très étroits entre Dersou et la nature.  A plusieurs reprises, c'est l'expérience de Dersou, sa connaissance profonde de la nature dans laquelle il évolue, qui sauve les russes de la mort, ou les sort du moins de situations bien mal engagées. Mais la relation de Dersou à la nature dépasse la "simple" connaissance de son environnement. C'est difficile à décrire, mais pour l'anecdote, Arseniev se rend compte peu à peu que Dersou s'adresse aux animaux et aux plantes, et "professe une sorte d'anthropomorphisme et l'appliqu[e] à tout ce qui l'environn[e]" : il dit des bûches qu'elles sont "méchantes" lorsqu'elles brûlent mal, il conseille de se méfier du "gros homme volumineux" (un sanglier !), et, lorsqu'Arseniev l'interroge à ce sujet, s'étonne et répond simplement : " Mais c'est bien des hommes, m'assura-t-il. Bien que vêtus d'une autre manière, ils connaissent la fraude, la colère et tout le reste. Ils sont comme nous... "

Dersou, personnage énigmatique, fascinant, extrêmement attachant. Arseniev, personnage bienveillant, ouvert, fasciné. La taïga, rude, terrible, belle. Une lecture qui inspire, forcément...





* La première traduction française, en 1939, s'intitulait "La taïga de l'Oussouri. Mes expéditions avec le chasseur gold Dersou."
Par nono
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Dimanche 25 octobre 2009
J'ai lu mon premier bouquin kirghiz. Belle découverte : court (100 pages), mais d'une beauté lumineuse. Louis Aragon, dans une préface à rallonge, est plus qu'élogieux, mais c'est plus que justifié, ce livre est magnifique... Une fois n'est pas coutume, je m'abstiens d'en dire plus, c'est à lire...




Par nono
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Mardi 13 octobre 2009
J'étais quelque part en Slovénie, entre Maribor et Ljubljana, le cul dans le train, le soleil de septembre filtrant à travers la vitre, lorsque j'ai lu cet Eloge de l'énergie vagabonde offert par Sylvain Tesson.

Lire un récit de voyage alors que l'on est soi-même en mouvement, alors qu'on a l'esprit tout ouvert aux perspectives d'errance, de découverte, c'est délicieux. Le livre de Tesson n'est pas tout à fait un récit de voyage, il fait partie de ces livres difficiles à qualifier. En quatrième de couverture, on peut lire cette description, que je trouve assez juste : " Un récit de voyage mâtiné d'autobiographie, où les choses vues voisinent avec l'essai philosophique et la poésie avec la géopolitique. "

Ce livre est une perle. Et, une fois de plus, c'est encore l'auteur qui en parle le mieux :
" J'irai de l'Aral à la Caspienne. Je gagnerai l'Azerbaïdjan à bord d'un ferry. De Bakou, je cheminerai vers la Turquie par la Géorgie. A pied, à vélo, je ne sais pas encore, mais loyalement, sans propulsion motorisée. Au bout de ma route, j'aurai relié trois mers, abattant le même trajet que celui d'une larme d'or noir de la Haute Asie convoyée à travers steppes et monts pour que le monde poursuive sa marche folle. Profitant de cette traversée de terres à haute valeur pétrolifère, je consacrerai mon temps d'avancée solitaire à réfléchir au mystère de l'énergie. Pétrole et force vitale procèdent d'un même principe : l'être humain recèle un gisement d'énergie que des forages propices peuvent faire jaillir. "


Il ne s'agit nullement d'un manuel de géopolitique, version littéraire et sportive de l'excellent Dessous des Cartes de Jean-Christophe Victor (Arte), encore que pour le non expert, l'Eloge permet de comprendre bien des choses. Evidemment, ne pas oublier que " les oléoducs sont plus que des tubes d'acier. Souvent ils trahissent les visées, tissent à la surface du sol la carte des conflits futurs. "


A propos d'énergie, Tesson s'interroge sur la marche du monde, notre course effrénée à la consommation des ressources, à la production des biens. Avec leur lot de conséquences.

Ainsi, le dernier chapitre, où est abordé le changement climatique :
" L'effet de serre qui bouleverse aujourd'hui les équilibres climatiques provient de notre insatiabilité énergétique. Jamais expression ne fut mieux trouvée qu'effet de serre. Nous sommes comme tomates sous plastique : maintenus dans un impératif de croissance avec pour tuteur l'économie globale. Sans répit nous grossissons, légumes monstrueux prisonniers de la bâche céleste.
(...) En pillant la Terre, nous avons rendu malade le ciel.
(...) Le changement climatique est une menace en suspens qui sanctionnera un jour les actes de chacun. Cette mesure impose une réforme de soi-même. Elle demande davantage que des gestes quotidiens. Elle exige de changer d'attitude de vie comme on rectifie la tenue le jour d'une revue.
Le philosophe allemand Peter Sloterdijk professe que l'homme s'est distingué du règne animal en s'isolant dans des sphères mentales (la conscience de soi, la culture) et des sphères matérielles (la maison, la ville). L'effet de serre ne serait-il pas la conséquence d'un effet de sphères ? A trop vivre en nos bulles individuelles nous avons oublié que nous vivions sur une boule unique. Le jour où nous renouerons avec son sol, recommencerons à en caresser la surface, le jour où nous baisserons la température à laquelle brûle notre amour de nous-mêmes, le climat général retombera peut-être. "

Au passage, le développement durable en prend pour son grade (et je suis assez d'accord sur le constat...) :
" Le développement durable est le baume appliqué  sur leur mauvaise conscience par des Occidentaux désireux de continuer à jouir sans que ne retombe vraiment la fièvre du monde. Le terme cache le voeu d'ajuster  mieux les rênes pour maintenir la course de l'humanité le plus longtemps possible.  Pas la moindre intention d'en arrêter l'emballement. " Jouissons sans entrave ", clamaient les slogans de Mai 68. Jouissons plus intelligemment pour jouir plus longtemps, répondent en écho les chantres de la durabilité. Le principe ne remet pas en cause la marche du monde, mais propose de légers aménagements de la fuite en avant, quelques infléchissements comme les touches prundentes d'un pinceau pointilliste. L'essentiel ne serait pas de changer de cap, mais de ralentir le rythme pour permettre à l'orgie de se poursuivre durablement. (...) Et les durables développeurs enfin décillés parce qu'ils souffrent d'indigestion et sont écoeurés d'avoir tant joui prétendent empêcher les Chinois et les Indiens d'ouvrir à leur tour la bonde de la corne d'abondance ? (...) Sur le pont du Titanic, les tenants du développement durable auraient demandé  au capitaine d'aller un peu moins vite, à l'orchestre de jouer moins fort. Les francs-tireurs de la décroissance, eux, seraient descendus dans les cales, chignole à la main lorsque le bateau était encore à quai, et en auraient percé la coque avant que l'iceberg ne remette bon ordre à la folie commune. "
Tiens, cette dernière référence me rappelle quelque chose...

Pour autant, l'Eloge de l'énergie vagabonde n'est en aucun cas un manifeste écolo anti-pétrole, anti-gaz. Aucune véhémence, aucun dégoût affecté à l'égard de ces oléoducs et gazoducs que Tesson suit. " Je lui lance des saluts, à ce tube, quand je le croise. Il est devenu mon compagnon. Il caracole, plein de souplesse, vers la mer, sous la pression de son trop-plein, choisissant pour sa course les plus belles vallées et les plus vastes monts. "


L'Eloge de l'énergie vagabonde ne se veut pas une mise en garde écolo, c'est une réflexion bien plus large, bien moins bornée sans doute aussi, et qui va bien au-delà de la "simple" question énergétique telle qu'elle est habituellement posée.

Penser énergie, mouvement, pétrole, c'est aussi penser notre rapport au temps et à l'espace :
" Si l'homme ne voulait pas échapper à son destin de bipède, il vivrait à six à l'heure. Le monde tournerait rond, l'harmonie régnerait. Les houilles reposeraient par quatre mille mètres de fond. Mais il lui faut aller plus vite que ne le lui permet sa foulée ! (...) L'homme est un animal qui ne se résigne pas à le rester. Et pour s'enfuir de sa chambre, il a besoin de pétrole. "
Et plus loin :
" Dans l'infinitude des champs de Ceyhan, j'avance au pas lent du vagabond. Le pétrole nous a désappris que le monde était immense et que la patience du marcheur pouvait en venir à bout aussi bien que la vitesse de l'auto. Le moteur à explosion réduit en éclats le rapport naturel que notre bipédie devrait nous faire entretenir avec le temps et l'espace. Les fièvres modernes, les angoisses intérieures, ne viendraient-elles pas de ce que nous ne prenons plus la peine de marcher une journée entière ? Laisserons-nous le temps envahir à nouveau nos êtres ? Rééquilibrerons-nous la course de nos vies en renouant avec la lenteur ? Accepterons-nous d'user six heures d'efforts pour trente kilomètres ? "

Une autre réflexion que je partage - en partie seulement :
" Souvent les voyageurs justifient leur départ par leur soif de rencontres. Découvrir l'Autre, s'y frotter, le comprendre, l'écouter et l'aimer : motifs des voyages modernes. Serait-ce qu'à la maison, il n'y a personne digne de soi ? Serait-ce que l'exotisme confère à l'étranger une valeur suprême ? (...)
Je trouve plus honnête d'avouer que je voyage en vagabond enchanté pour le seul bénéfice de mon âme et la pure jouissance de mon corps. Que me frotter à la beauté du monde est mon unique raison de lever les ancres. Que je suis capable de laisser l'Autre tranquille pendant des semaines si je me sens l'humeur solitaire. " Partir pour rencontrer ", entend-on ici et là comme si rencontrer l'autre était équivalent à visiter les temples ou goûter la cuisine locale. La rencontre est un bonheur fugace, rare, avare de lui-même. Elle survient sur la route. Surtout ne pas aller vers elle ! Si elle se décide à venir, alors elle illuminera notre ciel intérieur sans qu'il n'y ait rien à faire. "

Bien entendu, toutes réflexions, pensées, philosophages mis à part, l'Eloge de l'énergie vagabonde est aussi un livre de voyage. Un beau voyage à travers des pays souvent méconnus, voire mal jugés (Azerbaïdjan, Géorgie, etc). Dans des paysages grandioses, sous un climat pesant. Une traversée de cultures variées. Quelques rencontres, aussi. Et puis, comme d'habitude, une plume dont je ne me lasse pas...


Cerise sur le gâteau, au détour d'une page surgit cette sentence : " Une heure passée sur un carré d'herbe n'est jamais perdue. " Tiens, ça me rappelle un certain blog...






Par nono
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Lundi 31 août 2009
Difficile de ne pas être tentée par un livre que Bruce Chatwin décrit ainsi : " Quiconque a tant soit peu lu les récits de voyage des années trente est inévitablement amené à considérer Route d'Oxiane comme le sommet du genre. Mon exemplaire personnel, déformé par quatre voyages en Asie centrale, ne m'a pas quitté depuis le jour de mes quinze ans. "

Sans même voyager, mon exemplaire à moi est d'ores et déjà bien déformé par d'interminables ballotements au fond de mon sac, à pied, à vélo, en métro... Pour une raison simple : je ne le dévore pas aussi rapidement que je le voudrais. Découpage en cinq parties, mais, à l'intérieur, récit continu sous la forme d'une succession chronologique, à la manière d'un carnet de bord. Certains passages font à peine 1 page, d'autres 5 ou 6. J'ai donc tendance à le lire par petites bribes, au lieu de bouffer de longs chapitres d'une traite.

De quoi parle Robert Byron dans ce livre ? De l'Oxiane. Plus connue sous le nom de Bactriane (qui a donné son nom au chameau de Bactriane). C'est une région d'Asie à cheval sur différents pays : Afghanistan, Pakistan, Chine, Tadjikistan, Ouzbekistan, Turkmenistan. A l'époque où Robert Byron écrit Route d'Oxiane (voyage en 1933-1934), le Pakistan n'existe pas, le Tadjikistan, l'Ouzbeksitan et le Turkmenistan sont de petites républiques soviétiques rattachées à l'URSS, l'Iran s'appelle Perse (certains utilisent encore le terme d'ailleurs).
Au cours de son voyage à destination de l'Oxiane, Byron erre pas mal en Irak, en Perse et en Afghanistan. Son but, pour autant qu'on puisse en juger : partir à la recherche des racines de l'architecture et de la culture islamiques. C'est l'originalité majeure de Route d'Oxiane : le livre fourmille de descriptions fouillées, précises et probablement précieuses sur des formes architecturales diverses, aux quatre coins de la région qu'il traverse.
Outre les notes prises sur l'art et l'architecture islamiques, Byron dépeint également la vie des peuples de cette région, les relations qu'ils entretiennent les uns les autres, leur perception de la domination anglaise et de l'occidentalisation, vectrice de progrès ou dénaturante selon les regards... Byron excelle tout particulièrement à saisir l'ambiance d'un lieu, que ce soient les caravansérails sur la route, les villes glorieuses (Hérat, Mechhed, Téhéran, Ispahan...) ou encore les vestiges de splendeurs passées au milieu de nulle part...

Par ailleurs, plus encore que d'autres oeuvres de la même époque, cette Route d'Oxiane fait très souvent écho à des images et des événements d'aujourd'hui. Byron livre bon nombre de réflexions, parfois anodines, qui trouvent une bien curieuse résonance à notre époque, dans cette région hyper sensible. Par exemple, dans les premières pages, alors que Byron fait étape à Jérusalem, il écrit ces quelques lignes :

" Au cours de la conversation, on en vint à évoquer l'affaire Arlosorov, le leader juif assassiné dans les sables de Jaffa alors qu'il se promenait en compagnie de sa femme. Les coupables présumés sont les révisionnistes juifs, un parti extrémiste qui veut mettre les Anglais à la porte et créer un Etat juif. Je me demande combien de temps, à leur avis, une fois les Anglais partis, les Arabes supporteraient l'existence en Palestine d'un seul Juif.

Ce matin, nous sommes allés à Tel-Aviv, en qualité d'hôtes de Mr. Joshua Gordon, principal animateur de l'Agence juive. A la municipalité, où Christopher a été accueilli comme le digne fils de son père, les murs étaient décorés de portraits d'apôtres du sionisme : Balfour, Samuel, Allenby, Einstein, Reading. Une carte montrait comment, en peu d'années, une vaillante petite utopie de trois mille personnes avait donné naissance à une effervescente communauté de plus de soixante-dix mille individus. A l'Hotel de Palestine, autour d'une bouteille de vin blanc de Jaffa, je touchai quelques mots à Mr. Gordon des revendications arabes. Il balaya tout cela d'un geste. Une commission avait été mise en place pour s'occuper du sort des Arabes sans terre : elle n'avait pu en dénombrer que quelques centaines. Pendant ce temps, les Arabes de Transjordanie suppliaient les Juifs d'aller s'installer là-bas pour contribuer au développement du pays.
Je demandai s'il ne serait pas souhaitable, dans la perspective d'une paix future, que les Juifs tentent de donner des gages aux Arabes, dussent-ils y trouver quelques inconvénients. Mr. Gordon répondit que non. La seule base possible d'un accord judéo-arabe était une opposition commune aux Anglais, et cela les leaders juifs n'étaient pas prêts à l'encourager. "Si ce pays veut se développer, les Arabes doivent souffrir, parce qu'ils n'aiment pas l'idée de développement. Un point c'est tout." Les fils du désert ont eu récemment suffisamment de thuriféraires. Il me paraît plus sain de considérer une économie en pleine expansion - la seule au monde pour l'heure - et de féliciter les Juifs.
"

Troublant...





Par nono
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Jeudi 27 août 2009
Ado, j'ai lu Le Théorème du perroquet. Une intrigue policière rondement menée, prétexte à un voyage au long cours en terre méconnue (inconnue ?) : les mathématiques. Savant et habile à la plume, Guedj (mathématicien, professeur d'histoire des sciences et d'épistémologie, et accessoirement écrivain et essayiste) jalonnait son histoire de portraits et de récits insolites, proposant ainsi au lecteur une initiation gourmande à l'histoire de cette science mal aimée et à ses mystères fascinants...

Zéro, dans un registre totalement différent, continue toutefois à explorer la folle aventure des mathématiques, en se penchant sur une étape cruciale, éblouissante de génie et de simplicité tout à la fois : le zéro. Et, dans la foulée, la numération de position. Dit ainsi, plus d'un réfractaire reste probablement sceptique, mais quand on saisit la portée phénoménale de ces inventions, c'est foudroyant, estomaquant d'intelligence. Inventer le zéro, c'est faire exister le vide et le rien. Follement ingénieux ! Pour en parler, Guedj a ici adopté la nouvelle. Cinq nouvelles, connectées les unes aux autres par leur héroïne, Aémer. Le livre s'intitule Zéro ou les cinq vies d'Aémer. Cinq vies de femme à différentes époques, dans cette région fertile (en innovations autant qu'en céréales) que constitue l'actuelle Irak. Cinq vies, cinq époques, cinq récits. Voyage dans l'espace et dans le temps. Hommage à la fertilité de l'esprit humain, inépuisable, quoi qu'on puisse en juger aujourd'hui.

On est tellement loin des cours de maths scolaires et universitaires... Loin de moi l'idée de dénigrer ce qu'on nous enseigne, et qui ne m'a jamais rebuté d'ailleurs. Simplement, il est regrettable qu'avant d'entrer dans le "technique" on ne prenne pas la peine d'expliquer comment et pourquoi on en est arrivés là, au lieu de faire comme si les fractions ou les vecteurs tombaient sous le sens et avaient toujours existé. Je sais bien que "oui ce serait formidable, mais on n'a déjà pas le temps de boucler le programme...". Certes. N'empêche, je milite pour réintroduire un peu d'histoire des sciences à l'école, au collège, au lycée. En maths, en biologie, en géographie, partout... En attendant, lire Zéro constitue une compensation franchement agréable !


Par nono
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Vendredi 7 août 2009
sous-titre : A travers la Mongolie interdite, 1920-1921

Ferdynand Ossendowski, c'est un personnage. Pour faire court, " Ferdynand Ossendowski, né le 27 mai 1876 à Vitebsk (aujourd'hui en Biélorussie) et mort à Milanówek (Pologne) le 3 janvier 1945, était un universitaire, aventurier et écrivain polonais connu pour ses récits de voyage et ses témoignages sur la révolution russe. " (résumé made in wikipedia). "Aventurier" et "écrivain", deux mots qui font excellent ménage, une fois de plus.

Les éditions Phébus ont eu l'idée de republier Asie fantôme et Bêtes, Hommes et Dieux. Sage décision !

Je parlerai d'Asie fantôme une autre fois. Bêtes, Hommes et Dieux, c'est - dixit la quatrième de couverture - un "livre-culte de la littérature d'aventure vécue". Cet éloge est attribué à tant d'oeuvres que je m'en méfie parfois... Toutefois, si c'en est un, c'est amplement mérité.

Pour se mettre en bouche,  une carte, sobrement intitulée "Itinéraire de la fuite de l'auteur à travers l'Asie". Carte de titans où  les géants Russie et Chine s'étalent en lettres capitales sur de vastes territoires. Mais où les provinces ont la part belle : Sin-Kiang, Tibet, Kansou, Mandchourie, Mongolie extérieure et intérieure... Sur cette carte "à l'ancienne" - qui semble, de loin, droit sortie de l'imaginaire de Tolkien - bonheur de suivre le chemin dans l'entrelacs de lettres, parmi les taches figurant les massifs montagneux. De Krasnoïarsk au nord à Lhassa au sud (qu'Ossendowski n'atteindra pas, rebroussant chemin avant), l'itinéraire se déploie à travers ces terres asiatiques, égrenant un chapelet de noms qui appellent : Oulankhom, Narabanchi Koure, Tassoun Nor, Ouliassoutaï, Karakoroum et, en point d'orgue, Ourga, la future Oulan-Bator. Autour, des noms venus en voisins, en amis, pour agrémenter cette carte : Tchita, Kharbin, le Yang-Tse-Kiang, le Brahmapoutre et, en tout petit, là-haut, l'Ienisseï... Une mention attire l'oeil, parce qu'elle est la seule du genre : "Tribu des Olets". Les Olets auront donc un rôle à jouer ?

Après un examen attentif de la carte, on tourne la page, à l'assaut de ce "livre-culte". Le ton est donné dès le départ, puisqu'en moins d'une page l'auteur a déjà quitté Krasnoïarsk, où il réside en cet hiver 1920, et se retrouve sur la grand'route. Vraiment grande, cette route ! Cette première partie, "Aux prises avec la mort", est une course-poursuite ébourrifante, au cours de laquelle, plus que les poursuivants, on craint les mauvaises rencontres, en particulier les Rouges, qui ne sont pas cantonnés en Sibérie russe, loin s'en faut ! Parti seul, Ossendowski trouve en route des compagnons de fuite. Ils parviennent au Tibet (écrit "Thibet" dans cette traduction, ce qui ne fait qu'ajouter au charme et à l'aura du seul mot...). Là, ils sont pris en chasse par des hounghoutzes (les brigands chinois, qu'on retrouve fréquemment dans les récits, cf Dans les collines de Mandchourie de Nicolas Baïkov). Ils reviennent sur leurs pas en Mongolie, mais se retrouvent en cours de route impliqués dans les affaires politiques et stratégiques qui secouent l'Asie en ces heures...

A la course-poursuite romanesque échevelée succède une phase du livre incroyablement riche, un condensé hallucinant d'événements auxquels Ossendowski prend largement part. La deuxième et la troisième partie ("La terre des démons" et "Au coeur fiévreux de l'Asie") y sont très largement consacrées. On saisit mieux pourquoi, sur la quatrième de couverture, figure un extrait de la critique parue dans Libération : " Un fabuleux récit... mais aussi un document historique et ethnographique sans pareil. " Tellement vrai... Ossendowski rencontre tous les personnages importants et influents de la région, en particulier Ungern von Sternberg, le "baron fou", ou "baron sanglant", chef de la division de cavalerie asiatique, la "Division Sauvage"... Une rencontre pour le moins marquante, probablement. Un autre personnage se détache du lot : Touchegoun Lama, dit le "lama vengeur". Il n'apparaît pas longtemps dans le récit de ces quelques semaines chaotiques, mais son évocation ne laisse  pas indifférent :

" Touchegoun Lama ! Que d'histoires extraordinaires j'avais entendues à son sujet ! C'était un kalmouk russe qui, pour avoir mené force campagnes de propagande en faveur de l'indépendance du peuple Kalmouk, avait connu de nombreuses prisons russes sous la domination du tsar d'abord, puis plus tard sous le gouvernement des soviets. S'étant échappé et réfugié en Mongolie, il avait acquis une grande influence parmi les Mongols. En effet, c'était un disciple et un ami intime du Dalaï-Lama de Lhassa : sa renommée de docteur et de thaumaturge n'était plus à faire. Il jouissait d'une extraordinaire indépendance dans ses relations avec le Bouddha vivant et avait obtenu le commandement de toutes les tribus nomades de la Mongolie occidentale et de la Dzoungarie, allant jusqu'à étendre sa domination politique sur les tribus mongoles du Turkestan. Son influence était irrésistible, car elle était fondée sur la connaissance de ce qu'il appelait "la science mystérieuse". On me dit aussi qu'elle reposait en grande partie sur la terreur qu'il inspirait aux Mongols. " (p.105).

Un autre attrait de cette oeuvre d'Ossendowski, c'est le trouble d'un scientifique face à des événements surprenants : prédictions qui se vérifient (l'homme à la tête de selle !), hallucinations, visions collectives... L'homme n'a pas baigné en vain dans cette "terre des miracles et des mystères" qu'est la Mongolie...

Je laisse la conclusion à la quatrième de couverture :

" (...) Mais ce que le livre révèle - et que le lecteur n'attend pas - c'est, parallèle au voyage réel, une étrange odyssée intérieure qui nous introduit au coeur des mystères de l'Asie millénaire. Car Ossendowski, géologue de son état, n'est pas qu'un savant doublé d'un aventurier. C'est un esprit exalté et curieux qui vit sa marche folle à la manière d'une initiation... "



NB : Pour ajouter au plaisir, les livres parus chez Phébus libretto sont de beaux objets. Les couvertures des deux livres d'Ossendowski sont très belles...


Par nono
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Mardi 4 août 2009
Dans la foulée du Petit traité sur l'immensité du monde, j'ai dévoré cet Axe du loup.

Il faut dire que j'avais lu, il y a maintenant plus de 2 ans, A marche forcée, de Slavomir Rawicz. J'avais également lu le livre qui reste pour moi son jumeau : Aussi loin que mes pas me portent, de Josef Martin Bauer. Tous les deux des pavés parus chez Phébus. Tous les deux, surtout, des récits véridiques du parcours fou de ces rescapés du Goulag sibérien. Rawicz, polonais, déporté en Iakoutie. Bauer, allemand, déporté au-delà de la Kolyma, près du détroit de Bering. Tous deux tentèrent la folle évasion.  Au terme d'un périple démesuré, Rawicz gagna l'Inde, et Bauer l'Iran... (Ironie de l'Histoire : à l'époque, Iran rimait avec liberté pour ces rescapés du régime soviétique...)

Ces épopées me rappellent cette célèbre phrase de Mark Twain : "Ils ne savaient pas que c'était impossible, alors ils l'ont fait." Pourtant, pendant des décennies, le récit de Rawicz a été mis en doute. Des incohérences géographiques (le Gobi, une immense étendue de dunes ??), des événements passablement douteux (une rencontre avec le yéti...). Mais comme le rappelle Tesson, A marche forcée a été écrit à une époque où l'on n'était pas si pointilleux sur la réalité et où l'on se permettait volontiers quelques écarts romanesques... Sans compter que Rawicz et ses compagnons d'échappée n'ont pas tenu un compte exact de leur itinéraire, faute de cartes... Sans compter aussi qu'à l'époque de la publication du livre (1956), on ne savait que très peu de choses du Goulag, faute de témoignages (Soljenitsyne y croupissait encore), et on refusait en Europe d'admettre les horreurs vécues là-bas, alors même que les communistes jouissaient d'une certaine aura au sortir de la guerre et d'une popularité notoire dans toute l'Europe non soviétique. Bref.

En 2003, Tesson se lance sur les traces de Rawicz. Pourquoi ?

" Je n'ai pas l'âme d'une fouine ni l'esprit d'un limier, je ne suis pas parti pour mener l'enquête, ni pour reconstituer à l'identique et in situ le cheminement d'un bagnard en fuite. Comment pourrais-je d'ailleurs prétendre revivre les conditions d'existence de l'époque, aujourd'hui que la Tcheka et le NKVD ne sont plus qu'un mauvais rêve ? Ce que je veux, c'est arpenter les sentiers d'évasion qui sont des chemins de splendeur pour rendre hommage à tous les arpenteurs de steppes, les bouffeurs d'horizons, les défricheurs d'espace et les porteurs de souffle qui savent que s'arrêter c'est mourir. En outre cet itinéraire me fascine parce qu'il est en rupture avec la direction traditionnelle des mouvements humains dans cette région du monde. Les hordes nomades de la haute Asie se sont en effet déplacées d'est en ouest ou dans le sens inverse, au long des âges, sans quitter les bandes bioclimatiques latitudinales auxquelles elles étaient adaptées : taïga pour les chasseurs de Sibérie, steppes pour les peuples cavaliers, relief de l'Altaï pour les nomades montagnards. Les marchands de la soie, les aventuriers, les grands conquérants d'Alexandre à Gengis puis les petits de Napoléon à Hitler ont suivi le sens de cette oscillation. Au
coeur de l'Eurasie, le balancier de l'Histoire a toujours battu du levant vers le couchant ou du couchant vers le levant. Avec une exception : quand une horde affamée voulait razzier une oasis, alors le raid s'effectuait du nord au sud (car les nomades prédateurs peuplaient les latitudes septentrionales alors que les oasis étaient disséminées dans les latitudes plus méridionales) et les loups fondaient sur les jardiniers sédentaires et dessinaient à la surface de l'Eurasie des itinéraires non conformes aux tracés habituels. Il 'y a que le loup, créature en marge du monde, pour ne pas marcher dans la direction ordinaire. Les évadés, qui sont un genre de bête traquée, ont eux aussi emprunté cet axe conduisant du septentrion de l'Eurasie jusqu'aux versants de l'Himalaya, "l'axe du loup"...
Ce que je veux célébrer, c'est "l'esprit d'évasion" qui consiste à cotiser toutes ses forces, ses espoirs et ses compétences, à tout mettre en oeuvre sans jamais laisser le découragement s'immiscer dans l'obstination, pour regagner la liberté perdue. S'évader c'est passer d'un état de sous-vie (la détention) à un état de survie (la cavale) par amour de la Vie. Et moi, couché aujourd'hui sur une couverture de la compagnie des chemins de fer russe, je veux mesurer pas à pas, en lenteur et en solitude, ce qu'il en coûtait aux naufragés du siècle rouge, aux bannis des années d'acier de naviguer sur les grandes terres centre-asiatiques pour gagner les côtes de la liberté.
"

Le voyage de Sylvain Tesson suit, 60 ans après, ces chemins de liberté,  parcourus par Rawicz et par tant d'autres... De Iakoutsk au lac Baikal, puis du lac Baikal à Oulan-Oudé, capitale de la Bouriatie. Première frontière, Russie-Mongolie. Puis les steppes jusqu'à Oulan-Bator. Les steppes toujours à travers la Mongolie, puis les marges du Gobi, et seconde frontière, Mongolie-Chine. Frontière infranchissable et premier voyage de contournement pour reprendre de l'autre côté, à quelques kilomètres... Traversée du Gobi en Mongolie intérieure (région autonome chinoise), puis du Gansu, corridor agricole coincé entre le plateau de Mongolie et le plateau du Tibet, et du Qinghai montagneux. Suivent les Kun Lun et le  Changtang, partie nord-ouest du plateau tibétain, jusqu'à Lhassa, ville mythique. De Lhassa, Tesson franchit la chaîne himalayenne en compagnie de Priscilla Telmon, déjà à ses côtés pour la Chevauchée des steppes. Troisième frontière, Chine-Inde. Frontière infranchissable à nouveau, entre le Tibet et l'ex-royaume du Sikkim, Etat du nord de l'Inde. Second voyage de contournement. Reprise, traversée du Sikkim, qui dévale l'Himalaya vers la plaine indo-gangétique, puis du Bengale occidental jusqu'à Darjeeling,  altitude 2100m, à l'ombre du Kangchenjunga, troisième plus haut sommet du monde derrière l'Everest et le K2, et point culminant de l'Inde (8586m). Alors que Priscilla Telmon poursuit sa route, Tesson termine son voyage en ralliant Calcutta, capitale du Bengale occidental.

Noms évocateurs, poésie de la géographie...

Inutile de préciser que sous la plume de Sylvain Tesson, un tel voyage devient un bonheur de lecture. Un bel hommage à Rawicz et à tous les fuyards jetés sur ces chemins de liberté. Des chemins qui se parcourent inlassablement en si belle compagnie...





Par nono
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Samedi 1 août 2009
Préambule : Eloge de la plume vagabonde...

Si j'étais juré de quelque concours littéraire, j'aurais probablement attribué un prix à Sylvain Tesson, pour les titres de ses ouvrages : On a roulé sur la terre, La marche dans le ciel, La chevauchée des steppes, Eloge de l'énergie vagabonde, Aphorismes sous la lune et autres pensées sauvages, et donc Petit traité sur l'immensité du monde sont autant d'invitations à voir, écouter, sentir, vivre, rêver, vouloir,
penser le monde. Et bien au-delà du titre... Ouvrir un livre de Tesson est un plaisir, la promesse d'un beau voyage. Bien des voyageurs, aventuriers des temps modernes, assoifés d'inconnu et d'inconnus, se frottent au difficile exercice que constitue l'écriture. Beaucoup y parviennent et font preuve d'un talent certain, signe peut-être qu'aimer le monde, aimer les autres, aimer les mots, tout ça serait lié ?... En tout cas, parmi tous ces vadrouilleurs-écrivains, Sylvain Tesson est à mon sens celui dont la plume mérite la palme. Tour à tour conteur ou philosophe, baroudeur ou nouvelliste, c'est un habile manieur de mots, un délicat artisan de la langue. Fin du préambule.


Petit traité sur l'immensité du monde

Extrait de l'avant-propos :

" (...) Il est cependant une autre catégorie de nomades. Pour eux, pas de tarentelle ni de transhumance. Ils n'appartiennent à aucun groupe. Ils se contentent de voyager silencieusement, pour eux-mêmes, parfois en eux-mêmes. On les croise sur les chemins du monde. Ils vont seuls, avec lenteur, sans autre but que celui d'avancer.
Comme le requin que son anatomie condamne à nager perpétuellement, ils vivent en mouvement. Ils ressemblent un peu aux navettes de bois qui courent sans aucun bruit sur la trame des hautes lisses et dont les allées et venues finissent par créer une tapisserie. Eux ils se tissent un destin, pas à pas. Le défilement des kilomètres suffit à donner un sens à leur voyage. Ils n'ont pas de signes de reconnaissance, pas de rites. Impossible de les assimiler à une confrérie : ils n'appartiennent qu'au chemin qu'ils foulent. Ils traversent les pays autant que les époques et, selon les âges, ils ont reçu des noms différents : moines-mendiants, troubadours, voyageurs,
hobos ou beatniks, ermites des taïgas, cavaliers au long cours, trappeurs ou coureurs des bois, vagabonds, wanderer ou waldganger, errants ou loups des steppes... Leur unique signe distinctif : ne pas supporter que le soleil, à son lever, parte sans eux.
A Paris, j'écris ces lignes pour saluer leurs ombres qui passent, furtives, sur le tapis du monde. Parmi elles, j'ose reconnaître la mienne et me croire, moi aussi, un baladin du monde occidental.
"

J'aimerais citer d'autres passages, mais en tournant les pages en quête de jolies réflexions, je me surprends à relire le livre in extenso (c'est d'autant plus facile qu'il n'est pas très long). Le mieux est donc d'aller le feuilleter dans n'importe quelle librairie digne de ce nom, de le survoler ou de s'y plonger, au choix.





Par nono
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Lundi 6 juillet 2009
Grand classique du roman de voyage, je ne pouvais pas faire l'impasse. Bien m'en a pris : ça se lit très bien, quoiqu'en dise Bruce Chatwin !

De la Haute-Loire (départ du Monastier) au Gard (arrivée à Saint-Jean-du-Gard), pas loin de 200 km à cheminer, à pieds, à travers les Cévennes. Compagnon de route : une ânesse menue, gris souris, baptisée Modestine. Tracas des relations avec un baudet récalcitrant, nuits à la belle étoile, rencontres avec les habitants des petits villages cévenoles, récit de quelques épisodes de l'histoire des Camisards.. Joli récit d'un joli voyage ! Preuve s'il en est que l'aventure peut nous surprendre au détour de chemins sauvages au coeur de notre bonne vieille France, sans aller la chercher à Tombouctou ou Vladivostok... Ou du moins l'aventure pouvait s'inviter ainsi sur les sentiers français au XIXe siècle... (le voyage date de l'automne 1878, le livre de 1879)

Sans grande surprise, je recommande...






Par nono
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Lundi 22 juin 2009
Non. Jack London n'a pas écrit que Croc-Blanc et L'appel de la forêt. Je l'ai cru pendant longtemps parce que ce sont 2 bouquins que j'ai dévorés très tôt dans mon enfance. Mais ! Du prince des pilleurs d'huîtres à l'écrivain célèbre, engagé politiquement, Jack London a vécu mille vies en une, et a marqué le tournant du siècle dernier (1876 - 1916). Il est un héros de roman à lui tout seul.

Dans La Route, il raconte par diverses anecdotes ses jeunes années d'errance à travers l'Amérique, vagabond du rail, "hobo" à la vie haletante, toujours sur le "trimard"... Course ébourrifante de train en train, de gare en gare, dépeinte avec brio par une plume alerte. A lire !!





Par nono
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