Mercredi 4 novembre 2009
En septembre, j'ai traversé les Alpes autrichiennes le nez dans le bouquin. Et beaucoup aussi le nez en l'air, dans les montagnes, j'avoue. Je n'ai pas vu le film éponyme d' Akira Kurosawa (1975), qui avait exhumé ce livre de l'oubli dans lequel il avait sombré. Sans doute j'essaierai de me le procurer, par curiosité. Il y a  matière, dans cette histoire, à un beau - et long (presque 2h30) - film lent et contemplatif, hymne à l'harmonie homme/nature, très loin des films pétaradants qui trônent désormais en tête des box-offices. En attendant, j'ai eu l'heureuse idée de lire le livre publié à Vladivostok en 1921 par Vladimir Arseniev.

En soi, l'histoire n'a rien d'extraordinaire. Mais elle est puissante, attachante. C'est l'histoire d'une rencontre. Largement autobiographique. En 1902, Vladimir Arseniev, jeune officier russe de 30 ans formé à la géographie et à la topographie, explore avec un petit détachement de soldats les confins de la Sibérie et de la Chine. Au cours de leur avancée dans la taïga, ils rencontrent en chemin un chasseur, Dersou Ouzala, appartenant au peuple gold * (ancien nom des Nanais). Dersou les accompagne tout au long de cette expédition. Cinq ans plus tard, leurs routes se croisent à nouveau, et l'amitié qui s'est tissée entre Arseniev et Dersou amène ce dernier à rester auprès des russes dans la taïga. Lorsque d'inquiétants problèmes de vue l'empêchent de continuer à vivre de son fusil, Dersou consent à s'installer à Khabarovsk, chez les Arseniev. Mais il ne supporte pas les contraintes de la vie en ville, retourne dans la taïga au grand regret d'Arseniev, et est retrouvé mort, tué par des bandits, quelques mois plus tard.

Arseniev est un géographe, et, une fois de plus, une moisson de noms me murmure à l'oreille : vallée de l'Oussouri, région du Primorié, Khabarovsk et Vladivostok, monts Da-Dian Shan, monts Sikhote-Aline... Ces noms posés sur la carte du monde dessinent de vastes régions sauvages, royaume de la taïga. Au fil des chapitres, une multitude de noms plus modestes, peu connus, dessinent des paysages à taille plus humaine : la rivière Foudzine, le lac Hanka, Chkotovo, la baie de Plastoun... Parcourir le glossaire relève de la pure gourmandise...

Au cours de ses expéditions, Arseniev et ses compagnons rencontrent différentes peuplades, notamment les Golds, mais aussi les Oudéhés par exemple. Il porte sur tous ces groupes un regard bienveillant, et déplore, à mots couverts ou plus franchement, les injustices dont ils sont victimes. Et puis, comme dans les livres de Nicolas Baïkov ou de Ferdynand Ossendowski, on croise également un mélange de Russes et de Chinois, paysans, trappeurs, chasseurs, chercheurs de ginseng... Une certaine image de la cohabitation sino-russe, à une époque lointaine (le début du siècle dernier).

Et puis, ce livre, c'est un voyage dans la nature
sauvage (la taïga, les montagnes), sa végétation, ses aléas météos subits et redoutables (orages, incendies, inondations, tempêtes de neige...), ses plantes bien connues du chasseur gold, ses animaux, et notamment le tigre, seigneur de la taïga, respectueusement appelé "Amba" par les locaux. Le tigre qui se retrouve par deux fois face à Dersou et Arseniev...
Plus qu'une immersion dans la nature, c'est aussi un hommage aux liens très étroits entre Dersou et la nature.  A plusieurs reprises, c'est l'expérience de Dersou, sa connaissance profonde de la nature dans laquelle il évolue, qui sauve les russes de la mort, ou les sort du moins de situations bien mal engagées. Mais la relation de Dersou à la nature dépasse la "simple" connaissance de son environnement. C'est difficile à décrire, mais pour l'anecdote, Arseniev se rend compte peu à peu que Dersou s'adresse aux animaux et aux plantes, et "professe une sorte d'anthropomorphisme et l'appliqu[e] à tout ce qui l'environn[e]" : il dit des bûches qu'elles sont "méchantes" lorsqu'elles brûlent mal, il conseille de se méfier du "gros homme volumineux" (un sanglier !), et, lorsqu'Arseniev l'interroge à ce sujet, s'étonne et répond simplement : " Mais c'est bien des hommes, m'assura-t-il. Bien que vêtus d'une autre manière, ils connaissent la fraude, la colère et tout le reste. Ils sont comme nous... "

Dersou, personnage énigmatique, fascinant, extrêmement attachant. Arseniev, personnage bienveillant, ouvert, fasciné. La taïga, rude, terrible, belle. Une lecture qui inspire, forcément...





* La première traduction française, en 1939, s'intitulait "La taïga de l'Oussouri. Mes expéditions avec le chasseur gold Dersou."
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Dimanche 25 octobre 2009
J'ai lu mon premier bouquin kirghiz. Belle découverte : court (100 pages), mais d'une beauté lumineuse. Louis Aragon, dans une préface à rallonge, est plus qu'élogieux, mais c'est plus que justifié, ce livre est magnifique... Une fois n'est pas coutume, je m'abstiens d'en dire plus, c'est à lire...




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Dimanche 25 octobre 2009
... vue sur la cathédrale Saint-Guy, édifice gothique tout en flèches, et sur les façades du Chateau et des Hradčany.

Prague, République Tchèque, septembre 2009.

Dessin à vue depuis un banc du quai d'en face.




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Mercredi 21 octobre 2009
Quand le train nous "jette" en gare, il y a des instants quasi incontournables : on réajuste son sac sur l'épaule, on sort de sa poche une adresse grifonnée sur un bout de papier chiffonné au fond de sa poche, on déambule jusqu'à la sortie de la gare, et là, sur le parvis, vient le moment de trouver son chemin.

Je n'ai pas toujours (pas souvent ?) de plan millimétré, fléché, légendé, le genre de plan avec lequel se perdre relève de l'exploit. Je n'en ai pas toujours parce que j'aime ce temps suspendu, où je me sens subitement perdue, seule, désarmée l'espace d'un instant, en arrivant en un lieu inconnu. Cette absence apparente de repères. Et parce que j'aime la sensation si rassérénante éprouvée la minute d'après, lorsque l'on retrouve naturellement son chemin... sans aide, c'est là tout le sens du plaisir éprouvé ! Pas de plan sous les yeux, mais, tout de même, le souvenir déjà vague d'un plan survolé quelques jours avant. Pas d'indications très précises, mais un nom ou deux, et quelques repères qui se dessinent, vaguement, spontanément, dans le brouillard. Quelques arbres sur la droite (un parc ? la tache verte du plan qu'on avait vue à l'est du centre ?), la lune en face (oui mais à cette période de l'année, où est-elle censée se trouver ??), une pointe de clocher détachée au loin, dans la jungle de la ville qui se profile à l'horizon... Sans précipitation, mais sans s'éterniser pour autant, on est prêt à se jeter dans les rues, l'oeil a su capter et recomposer un paysage presque familier, encore très proche d'une carte 2D reconstituée mentalement, mais qu'on convertit rapidement en monde tangible, 3D, plein de bruits, de visions, d'odeurs. Un monde qu'on peut alors arpenter à loisir.

Trouver son chemin "sans aide", soi-même, par sa jugeotte et une sorte d'intuition fondée sur des repères inconscients, c'est agréable. Aussi gratifiant que de se balader dans une ville inconnue et d'y dénicher des "perles" - petite ruelle aux couleurs chaudes du sud, église romane cachée dans le dédale des rues grises, fresque murale à demi masquée... - sans progresser le nez dans le guide ! (le nez dans le guidon ?) Et puis, il y a ce sentiment d'avoir su conserver une espèce d'instinct originel, celui de l'homme en marche, nomade envers et contre tout, traçant son chemin à grand renfort de bon sens, d'audace et d'intuition... Dans notre monde qui se refuse à l'incertain, au tâtonnement, dans notre monde épris de certitudes, de gadgets "anti-doute" (GPS and co...), conserver, en fait, une certaine débrouillardise naturelle, est rassurant.


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Mercredi 14 octobre 2009
Salzbourg, Autriche, septembre 2009.




Il fait beau et doux ce 18 septembre à Salzbourg, fière cité autrichienne fortifiée, ville de musique, berceau de Mozart, excusez du peu ! On se presse sur la place de la Cathédrale, 'Domplatz' en allemand. Parce que je me suis laissée emporter par l'appareil,  voilà une étude photo-ethnographique des passants. Alors, la question : qui vient sur la Domplatz ??? Dans l'ordre chronologique, j'ai vu :

Les chevaux, bien brossés, bien peignés, en attente de leur nouveau chargement de bipèdes niais, rigolards, souvent cons...



Un mec qui gratte sa guitare avec brio...



Comme partout, un barbouilleur qui portra(i)ture les badauds.



Les ramasseurs de crottin, car oui, parcourir les rues en calèche, se prendre pour Sissi impératrice, c'est aussi cette réalité-là... Personne ne leur jette un regard, à ces chevaucheurs de motocrottes d'un autre temps. Il y a des gens comme ça qui semblent invisibles aux autres. A moins que ce soient les autres qui soient aveugles à leur présence ??



Le type de la voirie, ou de je ne sais quel service. Sa mission : faire des mesures au sol et tracer à la bombe des délimitations pour je ne sais quels travaux à venir. Très pro, totalement indifférent au bourdonnement des touristes alentour.



La fontaine et l'armée de seaux : l'abreuvoir des chevaux.



Deux SDF (ou pas ???), tranquilles, posés, observant la place et ses passants d'un air détaché. On s'est souri, alors j'ai tenté de discuter, mais ils ne parlaient pas anglais, et moi, pas allemand... Pas gagné ! Mais sourire, c'est déjà un peu (beaucoup !) parler.



Le baroudeur à vélo, momentanément esseulé, farfouillant méthodiquement sa sacoche pendant une halte sans aucun doute bien méritée...



Les zieuteurs zieutés. Ils pensaient survoler la place sans être vus, depuis leur fenêtre là-haut, raté !



La touriste de base prise en flag' (dire que j'ai sans doute la même pose à mon insu dans les albums souvenirs de tas de gens de par le monde... surtout au Japon et en Chine, héhé, impossible de passer au travers des clics...)



Le vrai-faux chauffeur de calèche à moitié déguisé en tyrolien. Attention, Heidi n'est pas loin...



Le faux touriste, pèlerin vagabond, qui n'a pas forcément envie qu'on le prenne pour un de ces touristes de base qui ne savent faire que "clic clic" et puis basta, et qui ne contemplent que ce qu'on leur met sous les yeux au lieu de chercher des yeux chaque rayon de lumière à contempler... Comment ça je suis méprisante à l'égard des touristes ? Ah oui j'en suis une aussi, flûte...



Encore un barbouilleur, d'un autre genre...



Encore des musiciens, doués aussi...



Une étrange statue, qui m'évoque furieusement un Nazgul de chez Tolkien... Bizarrement, je n'ai même pas pensé à regarder ce qu'elle représentait. Dommage. Le mystère demeure.



Incontournable en un lieu pareil : LE groupe !! Avec son berger et ses brebis indisciplinées sur les côtés !



Un peu plus tard dans l'après-midi, à la place du gratteur de guitare du matin, deux Biélorusses pleins de talent, reprenant quelques grands standards de la musique classique (Mozart, bien sûr, mais aussi Bizet, Strauss ou Vivaldi), lui à l'accordéon, elle au cymbalum. Duo d'enfer ! Ils vendaient des poupées russes colorées pour se faire un peu de monnaie, j'ai préféré acheter leur CD, sans regret !



Et pendant ce temps-là, pour certains c'est l'heure de la sieste...



Pour clore le tableau - quasi exhaustif - de ce qu'on pouvait croiser sur la Domplatz ce jour-là, une bête à plumes méprisée comme la plus bête des bêtes, mais qui souvent à Paris m'inspire plus de sympathie que les passants pressés prêts à lui marcher dessus, n'était le risque de souiller leurs souliers : le pigeon !




Enfin, pour ceux qui préfèrent de loin les beaux bâtiments aux comportements divers de leurs congénères humains, voilà à quoi ressemblent, vues d'en haut, la cathédrale et la place à laquelle elle a donné son nom :





Et l'intérieur de la cathédrale, tout en excès typiquement baroques... Et où Mozart fut baptisé...








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Mardi 13 octobre 2009
J'étais quelque part en Slovénie, entre Maribor et Ljubljana, le cul dans le train, le soleil de septembre filtrant à travers la vitre, lorsque j'ai lu cet Eloge de l'énergie vagabonde offert par Sylvain Tesson.

Lire un récit de voyage alors que l'on est soi-même en mouvement, alors qu'on a l'esprit tout ouvert aux perspectives d'errance, de découverte, c'est délicieux. Le livre de Tesson n'est pas tout à fait un récit de voyage, il fait partie de ces livres difficiles à qualifier. En quatrième de couverture, on peut lire cette description, que je trouve assez juste : " Un récit de voyage mâtiné d'autobiographie, où les choses vues voisinent avec l'essai philosophique et la poésie avec la géopolitique. "

Ce livre est une perle. Et, une fois de plus, c'est encore l'auteur qui en parle le mieux :
" J'irai de l'Aral à la Caspienne. Je gagnerai l'Azerbaïdjan à bord d'un ferry. De Bakou, je cheminerai vers la Turquie par la Géorgie. A pied, à vélo, je ne sais pas encore, mais loyalement, sans propulsion motorisée. Au bout de ma route, j'aurai relié trois mers, abattant le même trajet que celui d'une larme d'or noir de la Haute Asie convoyée à travers steppes et monts pour que le monde poursuive sa marche folle. Profitant de cette traversée de terres à haute valeur pétrolifère, je consacrerai mon temps d'avancée solitaire à réfléchir au mystère de l'énergie. Pétrole et force vitale procèdent d'un même principe : l'être humain recèle un gisement d'énergie que des forages propices peuvent faire jaillir. "


Il ne s'agit nullement d'un manuel de géopolitique, version littéraire et sportive de l'excellent Dessous des Cartes de Jean-Christophe Victor (Arte), encore que pour le non expert, l'Eloge permet de comprendre bien des choses. Evidemment, ne pas oublier que " les oléoducs sont plus que des tubes d'acier. Souvent ils trahissent les visées, tissent à la surface du sol la carte des conflits futurs. "


A propos d'énergie, Tesson s'interroge sur la marche du monde, notre course effrénée à la consommation des ressources, à la production des biens. Avec leur lot de conséquences.

Ainsi, le dernier chapitre, où est abordé le changement climatique :
" L'effet de serre qui bouleverse aujourd'hui les équilibres climatiques provient de notre insatiabilité énergétique. Jamais expression ne fut mieux trouvée qu'effet de serre. Nous sommes comme tomates sous plastique : maintenus dans un impératif de croissance avec pour tuteur l'économie globale. Sans répit nous grossissons, légumes monstrueux prisonniers de la bâche céleste.
(...) En pillant la Terre, nous avons rendu malade le ciel.
(...) Le changement climatique est une menace en suspens qui sanctionnera un jour les actes de chacun. Cette mesure impose une réforme de soi-même. Elle demande davantage que des gestes quotidiens. Elle exige de changer d'attitude de vie comme on rectifie la tenue le jour d'une revue.
Le philosophe allemand Peter Sloterdijk professe que l'homme s'est distingué du règne animal en s'isolant dans des sphères mentales (la conscience de soi, la culture) et des sphères matérielles (la maison, la ville). L'effet de serre ne serait-il pas la conséquence d'un effet de sphères ? A trop vivre en nos bulles individuelles nous avons oublié que nous vivions sur une boule unique. Le jour où nous renouerons avec son sol, recommencerons à en caresser la surface, le jour où nous baisserons la température à laquelle brûle notre amour de nous-mêmes, le climat général retombera peut-être. "

Au passage, le développement durable en prend pour son grade (et je suis assez d'accord sur le constat...) :
" Le développement durable est le baume appliqué  sur leur mauvaise conscience par des Occidentaux désireux de continuer à jouir sans que ne retombe vraiment la fièvre du monde. Le terme cache le voeu d'ajuster  mieux les rênes pour maintenir la course de l'humanité le plus longtemps possible.  Pas la moindre intention d'en arrêter l'emballement. " Jouissons sans entrave ", clamaient les slogans de Mai 68. Jouissons plus intelligemment pour jouir plus longtemps, répondent en écho les chantres de la durabilité. Le principe ne remet pas en cause la marche du monde, mais propose de légers aménagements de la fuite en avant, quelques infléchissements comme les touches prundentes d'un pinceau pointilliste. L'essentiel ne serait pas de changer de cap, mais de ralentir le rythme pour permettre à l'orgie de se poursuivre durablement. (...) Et les durables développeurs enfin décillés parce qu'ils souffrent d'indigestion et sont écoeurés d'avoir tant joui prétendent empêcher les Chinois et les Indiens d'ouvrir à leur tour la bonde de la corne d'abondance ? (...) Sur le pont du Titanic, les tenants du développement durable auraient demandé  au capitaine d'aller un peu moins vite, à l'orchestre de jouer moins fort. Les francs-tireurs de la décroissance, eux, seraient descendus dans les cales, chignole à la main lorsque le bateau était encore à quai, et en auraient percé la coque avant que l'iceberg ne remette bon ordre à la folie commune. "
Tiens, cette dernière référence me rappelle quelque chose...

Pour autant, l'Eloge de l'énergie vagabonde n'est en aucun cas un manifeste écolo anti-pétrole, anti-gaz. Aucune véhémence, aucun dégoût affecté à l'égard de ces oléoducs et gazoducs que Tesson suit. " Je lui lance des saluts, à ce tube, quand je le croise. Il est devenu mon compagnon. Il caracole, plein de souplesse, vers la mer, sous la pression de son trop-plein, choisissant pour sa course les plus belles vallées et les plus vastes monts. "


L'Eloge de l'énergie vagabonde ne se veut pas une mise en garde écolo, c'est une réflexion bien plus large, bien moins bornée sans doute aussi, et qui va bien au-delà de la "simple" question énergétique telle qu'elle est habituellement posée.

Penser énergie, mouvement, pétrole, c'est aussi penser notre rapport au temps et à l'espace :
" Si l'homme ne voulait pas échapper à son destin de bipède, il vivrait à six à l'heure. Le monde tournerait rond, l'harmonie régnerait. Les houilles reposeraient par quatre mille mètres de fond. Mais il lui faut aller plus vite que ne le lui permet sa foulée ! (...) L'homme est un animal qui ne se résigne pas à le rester. Et pour s'enfuir de sa chambre, il a besoin de pétrole. "
Et plus loin :
" Dans l'infinitude des champs de Ceyhan, j'avance au pas lent du vagabond. Le pétrole nous a désappris que le monde était immense et que la patience du marcheur pouvait en venir à bout aussi bien que la vitesse de l'auto. Le moteur à explosion réduit en éclats le rapport naturel que notre bipédie devrait nous faire entretenir avec le temps et l'espace. Les fièvres modernes, les angoisses intérieures, ne viendraient-elles pas de ce que nous ne prenons plus la peine de marcher une journée entière ? Laisserons-nous le temps envahir à nouveau nos êtres ? Rééquilibrerons-nous la course de nos vies en renouant avec la lenteur ? Accepterons-nous d'user six heures d'efforts pour trente kilomètres ? "

Une autre réflexion que je partage - en partie seulement :
" Souvent les voyageurs justifient leur départ par leur soif de rencontres. Découvrir l'Autre, s'y frotter, le comprendre, l'écouter et l'aimer : motifs des voyages modernes. Serait-ce qu'à la maison, il n'y a personne digne de soi ? Serait-ce que l'exotisme confère à l'étranger une valeur suprême ? (...)
Je trouve plus honnête d'avouer que je voyage en vagabond enchanté pour le seul bénéfice de mon âme et la pure jouissance de mon corps. Que me frotter à la beauté du monde est mon unique raison de lever les ancres. Que je suis capable de laisser l'Autre tranquille pendant des semaines si je me sens l'humeur solitaire. " Partir pour rencontrer ", entend-on ici et là comme si rencontrer l'autre était équivalent à visiter les temples ou goûter la cuisine locale. La rencontre est un bonheur fugace, rare, avare de lui-même. Elle survient sur la route. Surtout ne pas aller vers elle ! Si elle se décide à venir, alors elle illuminera notre ciel intérieur sans qu'il n'y ait rien à faire. "

Bien entendu, toutes réflexions, pensées, philosophages mis à part, l'Eloge de l'énergie vagabonde est aussi un livre de voyage. Un beau voyage à travers des pays souvent méconnus, voire mal jugés (Azerbaïdjan, Géorgie, etc). Dans des paysages grandioses, sous un climat pesant. Une traversée de cultures variées. Quelques rencontres, aussi. Et puis, comme d'habitude, une plume dont je ne me lasse pas...


Cerise sur le gâteau, au détour d'une page surgit cette sentence : " Une heure passée sur un carré d'herbe n'est jamais perdue. " Tiens, ça me rappelle un certain blog...






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Mercredi 30 septembre 2009
L'un des plaisirs du train, c'est qu'il permet de plonger au coeur des paysages, et de percevoir les changements à mesure que les traverses défilent ! La tête appuyée paresseusement contre la vitre, l'oeil voit passer les champs, les rivières, les vallées, les collines, les villages, les bois...

De Maribor à Ljubljana :










De Salzbourg à Zürich :










Photos médiocres, mais voyage tripant.

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Lundi 28 septembre 2009
Je m'aperçois que j'ai plein de photos de fenêtres, de quoi y consacrer un article entier !



Prague, République Tchèque. Vue depuis la fenêtre de l'auberge de jeunesse.



Prague, République Tchèque. Vue sur la place Wenceslas depuis une fenêtre du Museum d'Histoire Naturelle.



Prague, République Tchèque. Façade ornée et fenêtres en série place Wenceslas.



Prague, République Tchèque. Couleurs, ornements, dorures... Prague dans toute sa beauté, place de la Vieille Ville.



Prague, République Tchèque. Indiscrétion sur les fenêtres d'en face... Vue depuis la Tour Poudrière.



Vienne, Autriche. Petit tour dans une cour intérieure, à deux pas de la maison où Mozart composa ses Noces de Figaro.



Maribor, Slovénie. Petite rue pleine de bars en contrebas du pont.



Ljubljana, Slovénie. Vieilles fenêtres d'une vieille maison, à l'entrée de la Studentovska Ulica, qui mène au château.



Ljubljana, Slovénie. Dans le vieux centre (Reber), à nouveau de vieilles fenêtres, l'une marquée "I love you", de l'intérieur...



Ljubljana, Slovénie. Les fenêtres du marché couvert du centre, ouvertes directement sur la Ljubljanica.



Ljubljana, Slovénie. Traces d'une grandeur passée...



Skofja Loka, Slovénie. Petite cité médiévale au nord de Ljubljana. Belles façades Renaissance, belles fenêtres... et un miroir de sécurité pour la touche de modernité !



Skofja Loka, Slovénie. Fenêtres grand ouvertes pour accueillir le soleil de septembre.



Skofja Loka, Slovénie. Les hirondelles de fenêtre s'invitent !



Salzbourg, Autriche. Fenêtre barrée sur le mur extérieur de la forteresse (Festung Hohensalzburg).



Lucerne, Suisse. Trompe-l'oeil et volets rouges, changement de style.

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Dimanche 27 septembre 2009
Ambiances d'attente en gare, de trains en partance, d'escales express, d'arrivées minutées...



Cologne, Allemagne. Bière en terrasse entre deux trains. Vue sur la cathédrale, de l'autre côté de la gare.



Vienne, Autriche. Fraîcheur du quai de gare au matin...



Maribor, Slovénie. Le bout du quai. Au loin, les vignes slovènes...



Lesce-Bled, Slovénie. La petite gare cachée sous les jupes des Alpes Juliennes.



Salzbourg, Autriche. Atmosphère ensoleillée.



Innsbruck, Autriche. Trois minutes d'arrêt !



Lucerne, Suisse. Dimanche matin, le départ pour le retour.



Lucerne, Suisse. L'horloge, élément indispensable des gares !


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Vendredi 25 septembre 2009
Au départ, une idée aussi simple que vague : voyager en train à travers l'Europe.

Pourquoi l'Europe ?

De façon très pragmatique, j'allais à Prague pour une conférence, j'en ai "simplement" profité pour prendre mes vacances dans la foulée. Comme il se trouve que je me sens profondément européenne, et que j'ai très envie de partir en vadrouille aux quatre coins de notre continent, j'ai sauté sur l'occasion.

Pourquoi le train ?

Je reconnais l'utilité, la nécessité même, de l'avion, lorsqu'il s'agit de se déplacer rapidement et/ou loin. Mais, dans la mesure du possible, je préfère l'éviter.
D'abord, pour des considérations bêtement écologiques. Admirer les charmes de la "Terre vue du ciel" chère à Yann Arthus-Bertrand se paye au prix fort : sillonner le ciel consomme des tonnes de kérosène et produit des tonnes de trucs pas bien sympathiques (oxydes d'azote, dioxyde de soufre, dioxyde de carbone...).
Ensuite, pour des appréciations purement personnelles sur la notion de voyage. Pour moi, se déplacer d'un point A à un point B le plus vite possible, ce n'est pas voyager. Le voyage, à mon sens, est loin de se limiter à la destination. C'est plus que le séjour. Le voyage commence avant même le départ. Par la lecture de cartes. Par le calcul d'horaires, de durées, de distances. Il prend toute sa mesure lorsque les itinéraires tracés sur le papier prennent corps dans une vallée, dans des reliefs, sur les bords d'un lac, le long d'une rivière, à la traversée d'une ville, à la rencontre d'une forteresse, d'un pont... Il me semble que voyager, c'est, dans une large mesure, éprouver physiquement le temps qui passe et l'espace qui file. Et j'aime ça.
J'aime la plénitude du voyage en train. J'aime prendre le temps de traverser l'espace. Sentir défiler les minutes comme défilent les paysages, au gré des caprices de la géographie. Tendre vers un certain lieu, une certaine heure. "Le Prague-Vienne, départ 12h30, arrivée 17h02." Se laisser porter, aussi. Et en profiter pour donner libre cours à toutes ses pensées, réflexions, images qui me traversent la tête. J'aime ces arrivées en gare où l'on rejette son sac sur le dos, où l'on prend une brève pause sur le parvis de la gare pour prendre ses repères, jeter ses premiers regards sur l'ambiance de ce lieu nouveau.





Où ça l'Europe ?

En dépliant la carte, j'avais un appétit un peu démesuré. Je me voyais à Budapest, je me voyais à Vienne, je me voyais dans les montagnes slovènes, je me voyais en Toscane, je me voyais en Croatie... Il a fallu calmer mes ardeurs, restreindre mes envies, faire des choix. J'ai décidé, après Prague, de gagner la Slovénie en faisant escale à Vienne, puis de rentrer en France via un petit tour dans le nord de l'Italie, avec crochet dans la région natale de mon grand-père. Ou, si c'était trop long, de rentrer en France via l'Allemagne. Ou via la Suisse. En Slovénie, je n'avais pas de parcours préconçu, sinon une envie très claire d'aller fouiner dans le Parc National du Triglav (Alpes Juliennes), dans le nord-ouest du pays. Bref, rien n'était vraiment certain, et cette liberté teintée d'insouciance me plaisait bien.

Comment le train ?

Pour mon trip européen, après pas mal d'hésitations, j'ai opté pour la carte Interrail. Je ne détaille pas, les infos  sont ici. Pour résumer, j'avais 10 journées de voyage illimité sur tout train, dans tout pays, 10 journées à organiser selon mes souhaits dans une période de 22 jours. Un système qui m'a permis de voyager sans réserver (avec ce pass, ce n'est nécessaire que très rarement), sans tomber dans de savants jonglages entre horaires à tarif élevé, horaires à tarif réduit. En gros, la philosophie : grimper dans n'importe quel train n'importe quand, à l'arrache.
Ce mode de voyage me convient parfaitement. Outre le plaisir du voyage en train en lui-même, j'ai ainsi pu éprouver le plaisir du chemin qui se trace au fur et à mesure, le plaisir de l'imprévu, du non planifié, d'une sensation de liberté de mouvement. J'ai pu, sans réfléchir, faire un "petit crochet" de 4h, juste pour aller dessiner au bord d'un lac et reprendre ensuite mon trajet en cours...

Comment le voyage ?

J'ai voyagé en train, et j'ai voyagé seule, à partir de mon départ de Prague. Il y a dans la solitude des sensations très contradictoires. Voyager seul est fatigant, parce qu'on pense en permanence, on ne peut pas se reposer sur l'autre pour alimenter la conversation, faire naître les idées, déclencher les émotions. On est seul maître à bord de son cerveau, et c'est usant ! Mais voyager seul est enrichissant, précisément parce qu'on déborde de pensées, que ce soit de "grandes" réflexions sur tout et n'importe quoi, ou de simples petites pensées poétiques, ou des images qui affluent. Et enrichissant, aussi et surtout, parce que ça pousse à la rencontre. Et on découvre ainsi une foule de gens, au fil du rail, dans les trains, dans les auberges de jeunesse. Des rencontres souvent très éphémères, mais de belles rencontres malgré cela, dont on garde un souvenir souriant.
Et puis j'ai voyagé en train, j'ai voyagé seule, mais j'ai voyagé avec des livres. Quatre livres seulement, parce qu'avec un sac de 17 kg sur le dos, je pouvais difficilement en emmener beaucoup plus... Mais ils m'ont accompagné au fil du voyage, et leur souvenir reste forcément associé à des moments et à des lieux particuliers... J'aime l'idée d'avoir voyagé doublement, comme une mise en abyme : emmenée par un train filant de Maribor à Ljubljana, je défilais en même temps le long des oléoducs de la Caspienne en compagnie de Sylvain Tesson et de son Energie vagabonde ; installée en terrasse à la forteresse de Salzbourg, je bivouaquais avec Vladimir Arseniev et son ami Dersou Ouzala...

En résumé ?

Le train, c'est le pied. Le voyage, c'est le pied. J'ai adoré.






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Qui suis-je ?

  • : nono
  • leculdanslherbe
  • : Terre
  • : 08/01/1985

Pourquoi...


...le cul dans l'herbe, l'âme en liberté ?

J'ignore d'où vient l'expression, elle m'a été transmise par mon frère et je l'en remercie, car je ne vois pas quelle formule résumerait mieux mon état d'esprit. Sans doute parce que je me sens réolument terrestre, attachée au sol, à la terre, aux plantes. Pour moi, où qu'on soit, on n'est jamais aussi bien que posé le cul dans l'herbe pour savourer l'instant, laisser s'envoler ses pensées, sentir ses sens en éveil... et son âme en liberté !

Par monts et par mots


" Pour mon goût, voyager c'est faire à la fois un mètre ou deux, s'arrêter et regarder de nouveau un nouvel aspect des mêmes choses. Souvent, aller s'asseoir un peu à droite ou à gauche, cela change tout, et bien mieux que si je fais cent kilomètres. "

Emile-Auguste Chartier

Pour mon goût, voyager c'est faire à la fois un mètre ou deux, s'arrêter et regarder de nouveau un nouvel aspect des mêmes choses. Souvent, aller s'asseoir un peu à droite ou à gauche, cela change tout, et bien mieux que si je fais cent kilomètres.

 

Émile-Auguste Chartier

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